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vendredi 5 octobre 2012

Du beurre dans les escargots

Un drame écologico-sportif secoue l'arrière-pays breton, réveillant la vieille rivalité entre Brest et Quimper. Figurez-vous que la première ville veut se doter d'un centre de formation flambant neuf pour s'installer et grandir en Ligue 1 et que son projet à 10 millions d'euros menace, dans leur existence même, quelques-uns des placides "porte-drapeau" de la seconde.

L'escargot tranquille !

L'ambition brestoise se heurte en effet à des textes nationaux et européens protégeant l'escargot de Quimper qui a établi ses quartiers sur le territoire de la commune de Plougastel-Daoulas (ne lui demandez pas de déménager, cela prendrait trop de temps...). L'association de défense de l'environnement "Bretagne vivante" a aussitôt levé son bouclier en engageant d'abord un huissier pour faire constater l'existence des gastéropodes sur le site choisi, puis un recours devant le tribunal administratif contre la décision publique de lancer les opérations. Les uns réclament une nouvelle enquête, qui ne pourrait être menée qu'au printemps prochain, au sortir de l'hibernation des petites bêtes. Les autres repoussent catégoriquement cette exigence et toute idée de retard dans la livraison du centre.

Les positions se crispent, comme toujours. Le Stade brestois, appuyé par de nombreux acteurs locaux (élus, entreprises, supporters...), plaide la bonne foi et son amour de la Bretagne, le camp d'en face conteste l'intérêt général... Quant aux escargots, au nom desquels l'homme parle, rien ne les protège physiquement de la main de quelque individu passionné de ballon rond - ou de son pied. Gare donc à ces illuminés, drôles au départ, qui veulent maintenant "aider les escargots à trouver la sortie" - quitte à le faire podo militari.

mardi 27 mars 2012

Le Messi angevin

Tout est parti de trois fois rien, d'un site Internet d'un club de Ligue 2 française ; autant dire, un lieu aussi désert qu'un parking de supérette un dimanche après-midi. Et pourtant, à défaut d'être the new place to be, il fallait y être pour y lire un communiqué du 23 mars qui a fait s'emballer la machine à parler.
"Suite à la détection organisée fin février sur ses installations sportives du Stade Paul Robin, à l'attention des joueurs nés en 1995 et 1996, la cellule recrutement d'Angers SCO et ses entraîneurs ont retenu douze noms de garçons susceptibles de venir renforcer leurs effectifs en vue de la saison prochaine. Il s'agit de : Bakna Omar, Diboune Benaïssa, Dubois Antoine, GBessi Yannick, Messi Lionel, Muanangani Nathan, Pineau Thomas..."
C'est écrit noir sur blanc : Lionel Messi a été "détecté" et devrait fouler les pelouses de cette ville de France où il fait bon vivre et boire. Oui, mais voilà, il faudra bien, néanmoins, descendre cul-sec quelques verres de muscadet avant de donner à vos mirettes l'impression de voir le triple Ballon d'or transpercer les défenses de la deuxième division française : il ne s'agit évidemment que d'un homonyme, un jeune milieu défensif camerounais d'1m85 - un géant comparé à la puce barcelonaise.

Zacharie Enguene
Quitte à recruter des joueurs à l'accent catalan et aux couleurs africaines, on regrettera que Jean-Marie Dongou ou Zacharie Enguene ne soient pas ceux que les cellules de recrutement françaises aient réussi à faire venir. Agés également de 16 ans, ces deux Camerounais-là pulvérisent tout sur leur passage et font déjà beaucoup parler d'eux à la Masia - le centre de formation de Barcelone.

jeudi 22 mars 2012

Sublime-inal Barça

A la lecture d'un article insolite, je me souviens assez imparfaitement du conseil prodigué par Machiavel aux gens de pouvoir : il y a deux façons de traiter les individus, disait-il, les corrompre ou les occire (Le Prince, 1532). Par corruption, entendez pollution de l'esprit, manipulation savante et confusion chèrement entretenue à coups de sols, d'agnels ou d'écus blancs, maintenant d'euros ou de dollars, sinon à force de rumeurs colportées et la plupart du temps inventées. Pour achever d'instiller le doute, le célèbre théoricien italien aurait sans doute préconisé de recourir à une arme implacable s'il l'avait connue (elle n'a été "théorisée" qu'à la fin du 18e siècle) : la théorie du complot, bien confortable pour réécrire l'Histoire ou se refaire une virginité.

La parenthèse est refermée, et j'invite les lecteurs d'OS à la découverte d'une perle, une annonce si caricaturale qu'on la qualifierait sans hésiter de canular grotesque. Ce que rapporte l'ancien journaliste du New York Times, fan de notre soccer et spécialiste de la région persique, semble pourtant bien réel : James M. Dorsey a révélé sur son blog l'incroyable entreprise de la chaîne de désinformation syrienne Al Dunya, qui tente de corrompre ceux que le gouvernement de Bashar al-Assad ne peut occire, faute d'être à la portée de tir de ses snipers.


Figurons-nous que le FC Barcelone ourdirait une odieuse conspiration contre le régime de Damas... Le club catalan mettrait en effet sa science du football au service des rebelles. Des messages codés à destination du front de libération ont été "interceptés" par des experts syriens qui ont découvert que la tactique ainsi que les déplacements des joueurs catalans correspondaient point pour point, trait pour trait, au tracé de la carte de la Syrie et aux voies à emprunter pour la fourniture d'armes aux rebelles...

Là où il y a du pouvoir, il n'y a jamais de coïncidence. Moi qui ai toujours eu un regard suspicieux à l'endroit de toutes les formes de pouvoir, en particulier le monopolistique, l'idée ne me paraît pas totalement aberrante : une telle domination sans partage du monde est après tout bien anormale ; ça cache bien quelque chose, non ?

mardi 20 mars 2012

Impressionnant Ribéry


Grands arbres au Jas de Bouffan (1885-1887)

Savez-vous quel est le point commun entre Franck Ribéry et cette toile de Cézanne ? A priori, aucun. Du moins, jusqu'à ce week-end, où un rapprochement insolite s'est opéré à la faveur d'un simple geste de l'international-malgré-moi.

Celui qui n'en est pas à sa première facétie a, en effet, fait parler de lui outre-Rhin en empochant le droit de tirer un coup franc direct après avoir battu son coéquipier Kroos, qui se portait aussi candidat, à... pierre-ciseau-papier. Un comportement moins irrespectueux qu'espiègle quand on connait le joueur, quoi qu'en pensent les responsables du Bayern.

 
L'image prêtera à sourire. En quoi cela nous renvoie à Cézanne ? J'y viens : saviez-vous qu'en 2005, un dirigeant d'une grande entreprise nippone a utilisé ce jeu mythique, d'origine chinoise, pour mettre en vente sa collection de tableaux impressionnistes ? Un remède enfantin à gros enjeu : il s'est agi de départager deux salles des ventes fameuses, l'élue savourant la perspective de percevoir une commission douillette sur la future vente de la pièce du peintre français, estimée à une quinzaine de millions d'euros. Pour la petite histoire, c'est finalement Christie's qui remporta ce combat des chefs, le ciseau découpant le papier de son rival Sotheby's.

lundi 19 mars 2012

FC Miséricorde, bordel !

Je vous le donne en mille : l'information du jour est à puiser dans le réservoir des informations tombées... la semaine dernière ! Point de date de péremption, toutefois, pour ce non-événement qu'il aurait été d'ailleurs de bon ton de sortir un vendredi - je vous le confesse.

Ne jurez pas, Marie-Thérèse, je vous en supplie !

La terre a tremblé à Rome après que le Vatican a décidé de retirer publiquement son haut patronage d'une compétition officielle, bien que d'arrière-cour, pour ne pas dire obscure. De quelle compétition s'agit-il ? De la Clericus Cup, créée en 2009 pour promouvoir "l'humain et le social" et "relancer la tradition du sport dans la communauté chrétienne" ; tout un programme... Quand on dit que le football est universel et qu'il est capable de porter de belles valeurs !

Oui mais voilà, la compétition a beau, pense-t-on, être taillée sur mesure pour des religieux férus d'élévation, le Conseil pontifical pour les laïcs n'entend plus lui être associé à l'avenir, ceci afin de préserver sa soutane de la souillure du diable : "bagarres, gestes violents et blasphèmes se multiplient sur les terrains où se déroulent les matches alors que, sur les gradins, séminaristes et bonnes soeurs, dévorés par le démon du foot, se traitent de tous les noms quand ils ne se crêpent pas le chignon", peut-on lire, en effet, sur le site du Point...


Reportage diffusé sur France Télévisions (Stade 2) - cocktail détonnant, effet garanti.

Ceci n'est pas un sketch

Mettons de côté Notre-Dame-des-Victoires, assez peu bienveillante envers ses fils français, pour nous livrer à un questionnement plus profond : est-ce l'homme qui est idiot de nature ou est-ce le sport qui rend bête dans tous les sens du terme - sauvage et imbécile ?

Vous voulez mon idée ? Elle ne vaut pas un clou, mais j'ai la faiblesse de croire que le temps comme les méditations ne font rien à l'affaire : quand on est con...

samedi 1 octobre 2011

The English Way of Life

Il m'arrive souvent de penser que, sans le génie créatif de nos absurdes amis anglais, la vie n'aurait décidément pas la même saveur*.

Dernière invention en date, ce qui pourrait ressembler à première vue à du beach cricket.

Les Brambles, ce mercredi.

Si le cricket, sport exotique et insulaire, suscite l'incompréhension légitime des continentaux, le cricket sur l'eau se déroule en dehors de toute compétition officielle, lors d'un événement ponctuel, un peu à l'image de la Boat Race pendant laquelle les promotions de Cambridge et d'Oxford se font concurrence sur la Tamise. Ce rendez-vous insolite a lieu le jour de l'année où la marée est la plus basse, au sud du pays, entre Portsmouth et l'île de Wight. A cet instant et à cet endroit précis, la Manche laisse découvrir une étroite bande de sable, longue d'une dizaine de mètres, connue sous le nom de Brambles ; autant dire, le terrain de jeu rêvé pour une partie de cricket entre amis.

Comme toujours, les Anglais prennent la chose très au sérieux et les participants arborent la tenue blanche de circonstance - un art de la mise en scène qui décuple la tendresse de mon regard. Dans le public, certains surveillent le niveau de l'eau quand d'autres ont les yeux rivés sur leur pinte. Car la joute est d'abord prétexte à boire et à manger, bref à prendre du bon temps. "Il y a peu de jours dans une année qu'on attend comme celui-là : son anniversaire et celui de son mariage - quand on arrive à s'en souvenir - le jour où votre femme accepte de faire l'amour et le match de cricket aux Brambles !"

Après une trentaine de minutes, la Manche reprend ses droits. Le lieu se vide d'hommes et se remplit d'eau. La parenthèse est refermée. Merci d'avoir pensé à l'ouvrir il y a trente ans - un Français n'aurait jamais su. 

* Je porte un regard chaud, plein d'admiration sur les inventeurs du pudding et de l'humour - est-ce un hasard si l'un et l'autre sont sortis de leur imagination ?