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vendredi 22 juin 2012

"Les Bleus sont nuls" & autres idées reçues

Je n'ai pas eu beaucoup de temps à consacrer aux matchs de l'Euro, ce qui explique mon inactivité sur ce plan-ci de ma vie. Mais j'entends depuis deux jours des inepties ; alors je prends la plume virtuelle pour rectifier.

Ibrahimovic, star médiatique.
La France a-t-elle été humiliée ? Larqué et son nouveau comparse Balbir n'ont pas cessé de répéter que les Bleus (en blanc) ont été "humiliés" par les Suédois. Le lendemain matin, le mot était repris par tous. C'est exactement là que je vois que le foot est donné en pâture à des personnes qui ont renoncé à toute objectivité et crédibilité. "Humiliés par la Suède" ? Contre le Luxembourg, 5-0, peut-être, mais contre une nation du football que l'on respectait/craignait encore il y a 4 semaines, c'est dur à avaler. La France a flirté avec le néant toute la 2e mi-temps contre un adversaire fier, jouant à 9 derrière ; ni plus ni moins.  Il n'y a pas de honte, pas d'humiliation parce que - l'a-t-on oublié ? - nous ne sommes pas mille fois meilleurs que les héritiers de Brolin et Ingesson.

"KB" aura son moment - contre l'Espagne ou après ?
Benzema a-t-il un problème ? Benzema ne marque pas, "c'est le seul attaquant star à avoir  son compteur but à 0"... Oui, et alors ? Si KB a un souci, il s'appelle peut-être Nasri, qui continue de jouer en marchant avec du scotch au bout des chaussures, ou Blanc, qui s'obstine à le faire jouer seul devant. L'ex-Lyonnais n'a rien à se reprocher. Il rumine, oui, mais c'est un attaquant et ne pas marquer lui pèse inévitablement ; il fait la gueule, ça se comprend. C'est aussi et surtout un garçon qui doit participer à la construction du jeu, qui descend chercher les ballons bas ou, plus souvent, sur les côtés et il erre donc rarement dans la surface de réparation. Et l'on découvre maintenant qu'il manque une pointe et que Giroud devrait l'épauler... ? Cela fait des mois qu'on en parle sur OS.

Le "bus de l'Afrique du sud" en fait vibrer plus d'un encore
We're back to Knysna ? L'Afrique du sud, vous savez : l'histoire du bus qui fit la honte du football national et signa un arrêt de mort relative pour certains tauliers ; l'histoire, aussi, de l'injure jetée à la figure d'un sélectionneur isolé et en une d'un journal torchon. Un autre échange testostéroné a été rapporté par un journaliste de ce quotidien scatophile - tiens tiens. Et le fantôme de Knysna est agité aussitôt - également, il est vrai, dans la bouche de Malouda. Alors qu'il n'y a peut-être rien. Peut-être qu'une explication virile, une plaie ouverte, de la déception, quelques tensions - mais qui n'a jamais vécu ça au sein d'un groupe. Un minimum pour des compétiteurs ambitieux. Entretenir une ambiance dégueulasse doit faire plaisir à certains ; moi, tant que ça reste à ça, ça ne m'effraie pas. 

Les nouveaux invincibles...
On va se faire balayer par l'Espagne ! Je n'en sais rien, mais je n'en suis pas aussi sûr que la majorité. La rencontre a trois clés pour les Bleus : la première, c'est la capacité des milieux de terrain à remporter la guerre du milieu, si tant est qu'ils puissent la gagner ; il faudra tenir, tenir, tenir, être accrocheur et combattif. La deuxième, c'est l'efficacité offensive ; la Roja, comme Barcelone, concède une brochettes d'occasions et nous avons les armes pour les convertir. La troisième (non, ce n'est pas la défense des Bleus - je la cherche encore), c'est Franck Ribéry ; il est devenu le patron de cette équipe qui se cherche encore et j'aime ça. Tout dépendra de lui samedi. Vas-y Francky, c'est bon !

mercredi 6 juin 2012

France (4) - Estonie (0) : mémo

© AFP
Lloris RAS ; Debuchy complet ; Rami inquiétant ; Mexès au secours ; Evra du mieux ; Diarra mouais ; Cabaye intéressant ; Malouda inégal ; Ribéry libéré ; Nasri absent ; Benzema au top.

Bonus - Giroud définitivement précieux ; Koscielny sobre ; Martin appliqué (bis) ; Ménez buteur ; Ben Arfa souriant.

Il y a décidément quelque chose qui se produit avec ces Bleus. Je savoure l'impensable libération de Ribéry aussi intensément que je le maudissais hier. Quant à Benzema, il pèse sur le jeu si lourdement, il n'a pas vraiment d'égal dans l'Histoire des Bleus : buteur et passeur avec la même efficacité, il est définitivement un non avant-centre de classe mondiale ; merci au passage au Special one.

Bémols. Nasri continue de jouer avec le frein, les milieux défensifs ont les chevilles touchées et la défense centrale est nulle. Reste à savoir si, avec de telles armes, la France peut rêver d'un 1er juillet à Kiev. J'en doute un peu, mais je rêve aussi.

jeudi 31 mai 2012

France (2) - Serbie (0) : mémo

Photo Icon Sport
Lloris concentré ; Réveillère complet ; Koscielny précieux ; Mexès correct ; Clichy ok ; Diarra présent ; Cabaye sérieux ; Malouda libre (voire libéré) ; Ribéry enfin ; Nasri en recherche ; Benzema mûr. 

Bonus - M'Vila blessé ; Rami approximatif ; Martin appliqué ; Ménez doué ; Ben Arfa joker.

Laurent Blanc a fait un pied-de-nez à son prédécesseur en imaginant une formule à 3 milieux offensifs totalement libres d'aller où ils le veulent, d'un côté à l'autre du terrain, et appuyés par un 4e homme polyvalent (Cabaye). Avec, pour résultat, de la percussion, de la fluidité et beaucoup d'aisance technique - à la limite du toque. Certains diront que le départ de Gourcuff a décrispé ceux qui ne l'aiment pas ; je pense que ce nouveau schéma y est pour beaucoup.

Un regret : l'absence d'un véritable avant-centre. Dommage que le foot ne se joue pas à 12, car il manque une présence constante et physique en pointe. Koscielny et Cabaye trouveraient matière à distiller leur jeu long et les Bleus disposeraient d'une option supplémentaire.

jeudi 13 octobre 2011

En attendant demain

Dans les premiers temps de la rencontre qui a vu l'équipe de France arracher sa qualification directe au prochain Euro, en juin, je me suis demandé ce qui allait nourrir mon billet. J'ai longtemps oscillé entre un discours sur les origines de la ola, lancée à la 27e minute par un Stade de France plongé dans un ennui profond, et un mémo sur Intermeco, l'hymne national bosnien. Sans doute grandement aidé par le fait que le texte est introuvable (l'hymne n'a pas de parole...), ma décision a néanmoins dévié assez rapidement de ces cibles de substitution pour se reconcentrer sur le match - décisif - de mardi soir.

Paris reporte Safet

Au risque de vous surprendre, je ne vais pas verser dans le pessimisme ambiant. Je ne sais si une mouche m'a piqué, mais j'ai trop aimé la prestation des hommes de Safet Susic pour troquer mon sourire contre une grimace. J'ai aimé l'état d'esprit des premières minutes, l'occupation du terrain, leur pressing haut coordonné et la technique des milieux offensifs. Un bien beau collectif qui donnera du fil à retordre aux Portugais, en match de barrage.

Safet Susic, sélectionneur de la Bosnie et ancien meneur de jeu du PSG (1982-1991)
Évidemment j'ai envie de parler de nos Bleus, mais si la première mi-temps était d'une indigence rare, il faut aussi savoir reconnaître quand l'adversaire y est pour quelque chose. Car il a su profiter intelligemment des faiblesses d'un onze français tendu et apathique, et jouer un football décomplexé et offensif, à l'image de leur sélectionneur, ancienne gloire du PSG.

12e au dernier classement FIFA

Pour le reste, stigmatiser les folies d'Adil Rami ou le défaut de présence devant le but ne sert à rien d'autre qu'à brasser des vérités banales et stériles. N'ayons pas la mémoire aussi courte que les jambes de Valbuena : il y a un an, tout le monde s'accordait sur le fait que l'heure était à la reconstruction. Nous y sommes, les deux pieds dedans, et cela comporte son lot inévitable d'approximations, de crispations et de molle désaffection. Le temps ne semble jamais aussi long que dans ces périodes creuses, mais il ne faut pas se laisser aveugler : nous voulons tous offrir des leçons de football aux adversaires, jouer en confiance et susciter la crainte, gagner par quatre buts d'écart et célébrer une nouvelle génération de héros. Toutefois, la France est douzième au dernier classement de la FIFA et le pire est qu'elle est à sa place - être devancé d'un cran par la Grèce devrait être la seule cause objective de contestation.

Bien sûr, Ribéry, Abidal, Benzema ou Nasri sont des jolis noms sur la feuille de match. Mais, non seulement il y en a parmi eux qui n'offrent pas toujours leur meilleur rendement en Bleu ou qu'on ne voudrait plus revoir, mais il faut aussi regarder autour d'eux, ceux qui les accompagnent sur le terrain et le banc, quand ils ne sont pas à l'infirmerie.

Samir Nasri, après le penalty (78') qui offre le précieux ticket aux Français.
Nous sommes qualifiés après deux campagnes internationales ratées et traumatisantes. Nous sommes qualifiés avec des joueurs dont certains seront les cadres de demain - M'Vila, Martin, Gourcuff, Debuchy. La vérité est là, crue : nous sommes sortis en tête d'un groupe moyen avec des joueurs moyens ou en cours d'éclosion. Ménez, Rémy, Diarra, Hoarau, Kaboul, Cabaye, Gameiro, Rami ou Valbuena ne sont pas les alter ego de Bastian Schweinsteigger, de Xavi, de Rooney ou même d'Eden Hazard - ça se saurait et ça se verrait. C'est cet écart qu'il faut accepter de digérer.

Je ne suis pas d'un optimisme démesuré. Ce que je vois continue souvent de me faire hérisser les poils et je ne suis pas sûr de vibrer en juin. Je n'oublie pas non plus qu'il y a eu de bons passages lorsque l'heure n'était plus au calcul, mais à l'envie d'aller chercher quelque chose. Qui sait si, mardi soir, les sourires affichés après l'égalisation de Nasri ne signifiaient pas, plus que la délivrance, le début d'une belle aventure ?

Un groupe ne se construit pas sur décision, le temps n'a pas encore fini son oeuvre. Il faut savoir résister à la grogne collective et faire preuve de patience, car l'heure de faire les comptes n'est pas encore venue.

samedi 8 octobre 2011

On albanais ! On albanais !

La rencontre d'hier soir n'aura donné ni sueurs froides ni grandes émotions ; la faute à un adversaire deux crans en dessous de la moyenne européenne. Elle aura seulement nourri le sentiment du devoir bien accompli. Car si je ne parviens plus vraiment à m'enthousiasmer pour cette équipe de France, il faut dire que la copie rendue mérite bien un A.

Et un, et deux, et trois zéro...

Face à l'Albanie, je retiens trois noms : M'Vila, Nasri et Rémy.

Trois joueurs clés pour la victoire 3 à 0 contre l'Albanie (Qualifs Euro 2012)

Le premier n'a pas uniquement été impérial dans la récupération et dans la première passe. Rarement décevant sous la tunique bleue, le natif d'Amiens s'impose, à vingt-et-un ans, comme la tour de contrôle du milieu de terrain et marche sur les traces d'un Vieira à qui il ne ressemble pas. Il a surtout fait preuve d'une intelligence exemplaire : sous la menace d'une suspension pour le match décisif de mardi, Yann M'Vila a joué des épaules pendant 90 minutes sans jamais franchir la ligne jaune.

Une fois n'est pas coutume, le "petit prince" Nasri a justifié sa présence dans le onze de départ. Impressionnant sur l'action à l'origine du deuxième but, il a été utile dans la conservation du ballon et pour trouver les intervalles. Il a été ce qu'on attend de lui et ce que Malouda n'est pas malgré un CV bien épais : un leader sur le terrain - un leader technique, mais aussi physique ; et ça fait du bien.

Le troisième homme est le plus "Henryesque" des attaquants de l'Hexagone. Loïc Rémy ne compte pas parmi le gratin mondial, mais il est précieux en ce moment, à Marseille comme à Clairefontaine. Sa mobilité, ses appels de balle excentrés, son repli défensif sont des signes que le joueur est en confiance. Il gâche parfois, rate un peu, mais ne ralentit pas le jeu, ose, provoque et marque. Que demander de plus ?

Ca commence à sentir bon le bortsch

Evidemment, il y avait d'autres Bleus dans le jardin de Saint-Denis. L'un des hommes du banc n'est d'ailleurs pas passé inaperçu : le nom de Djibril Cissé a été scandé longuement dans l'enceinte du grand Stade. Il est certain qu'il n'y a pas joueur plus courageux, plus fort mentalement et plus fier de porter la virgule blanche sur le maillot - comme sur le crâne. Mais que le revenant fédère à ce point le public est une énigme, sauf à imaginer que le Français moyen rêvait à cet instant d'une bonne dose de hors-jeux, de crête punk ou d'une jambe brisée.


Le plébiscite a eu son revers malheureux : les sifflets qui se sont abattus des tribunes contre Gomis n'avaient pas lieu d'être, le Lyonnais s'étant montré intéressant et non avare d'efforts. Il fallait pourtant en sacrifier un et le peuple avait décidé que ce serait celui-là. Laurent Blanc, peut-être surpris qu'on lui force ainsi la main, n'a pas pris le risque de se mettre à dos des supporters réconciliés, mais toujours prompts à la rancune.

Parmi les titulaires, Mathieu Debuchy a incontestablement marqué des points. Tranchant, présent, rapide et accrocheur, le Lillois a déjà fait autant que Bacary Sagna en une campagne à son poste. Côté remplaçants, la rentrée de "MM" a permis de vérifier que le jeune joueur, qu'on dit en baisse de régime en ce début de saison, est encore capable d'adresser un bijou de passe décisive à destination de Réveillère, placé à gauche pour une pige inattendue et auteur d'un but très pastorien. Car, s'il n'était pas sur la pelouse hier, l'ombre de la pépite du PSG Javier Pastore a plané sur le match en donnant des idées aux buteurs du soir. Qu'ils copient l'artiste ne me gêne évidemment pas. Attention toutefois, au moment de passer la douane polonaise, à ne pas emmener l'Argentin dans leurs valises, mais seulement le DVD de ses exploits ; trop de talent chez les Bleus, ça finirait par se voir...