dimanche 23 octobre 2011

Ki-we are the champions!



OS a aimé : la ferveur d'une nation, debout derrière ses All Blacks ; le début de match des Français ; la seconde mi-temps des Français et le doute instillé dans l'esprit de Kiwis tendus par l'obligation de l'emporter ; la défense ergotée du coq ; la hargne d'Harinordoquy et de Dusautoir ; les courses de Read ; l'essai de Woodcock ; les 60 mètres du banni Trinh-Duc ; les dix dernières minutes d'intensité pure ; les commentaires précis et éclairés de Kuzca ; la réconciliation, la volonté du XV blanc de jouer, de ne pas "insulter" la finale et de sortir la tête haute en vainqueur "honoraire" ; le happy end malgré tout.

OS n'a pas aimé : la chorégraphie énigmatique et la marche en avant du XV français au moment du haka néo-z ; l'assassinat de la finale par la pub lancée par le diffuseur exclusif de la finale - TF1 - à une minute du coup d'envoi ; la moustache de Lièvremont ; les fourberies de McCaw et son poing dans le visage de Parra ; les "Elonou" de Christian Jeanpierre ; le manque de réussite des buteurs, de la révélation Weepu surtout ; l'arbitrage de... l'arbitre ; la confiscation déloyale - et intelligente - du ballon par des Blacks heureux de voir s'écouler le temps.

vendredi 21 octobre 2011

Shuffle up and deal ! *

Le poker a son propre langage auquel la poignée de lecteurs d'OS n'est pas forcément familier. En me promenant sur un forum où les membres partagent leurs expériences et délivrent leurs conseils, je suis tombé par exemple sur un échange entre joueurs dont voici un extrait :
"je viens d'arriver a la table. j'ai juste jouer 3 main avant je ne connait pas vilain, flop et turn je ne relance pas car je veux lui laisser ses bluff et je pense être payer que par mieux et il y a quasiment pas de tirages. mais river j'ai eu une décision difficile. je voulais connaitre votre opinion face a ce genre de mouve et savoir si c'est ev+"
Réponse : "Sans read fold river il représente vraiment peu de mains mais call overbet avec QT ici est spew." (source)
Ca vous parle ? Et encore, je vous passe le discours ultra-vernaculaire :
"Vilain est ce que j'appelle plutôt un "reg fish", je l'ai 24/17/2.7% de 3bet, 52% de fold to 3bet et 1.1 d'agg sur environ 1Kh. Le squeeze preflop est assez std imo. Flop je Cbet environ moitié pot ce qui est mon standard sur les boards relativement secs et il call vite. Turn c'est une bonne carte pour ma main mais ça améliore grandement sa range aussi qui peut être AK, QQ, flush et un random 33/22 mais peu probable. Ok avec la ligne? et action turn ? shove? bet/call? C/F? C/R? Le pot fait 15€ et il reste 20€ effectif environ" (source)
Contrairement aux idées reçues, ce jeu de cartes est d'une technicité folle, tout ne reposant pas sur le hasard. Mais je me demande parfois si les codes verbaux qui sont utilisés à l'envi par quelques-uns n'ont pas été inventés pour faire fuir ou complexer les nouveaux venus. Une sorte d'écran de fumée, en somme, qu'il n'est vraiment pas nécessaire de connaître, sauf pour se faire reconnaître comme membre de la communauté du poker. C'est que le poker aussi très psychologique. Il mise beaucoup sur les apparences et il n'est pas rare de trouver installés à côté de soi, sur une table, des joueurs qui cherchent à vous impressionner en manipulant des mots dont ils ne connaissent pas tous la signification exacte. Du haut de ma si petite expérience, une partie de poker live ressemble à un jeu de qui-c'est-qui-fait-pipi-le-plus-loin auxquels participeraient des concurrents un poil mythomanes ou "méga-testostéronés" et d'une mauvaise foi excusable parce que vitale.

Il est plus facile de contourner la complexité du langage que celle du poker lui-même. On entre là, en effet, dans le registre des incontournables. C'est l'évidence, mais il faut au moins connaître les règles - encore faut-il savoir à quelle variante on veut jouer -, ces règles dont on dit qu'il faut cinq minutes pour les apprendre et toute une vie pour les maîtriser. Et puis, l'instinct ne faisant pas tout, il faut connaître les clés, certaines astuces et les paramètres à prendre en compte avant de prendre sa décision. Car, s'il faut résumer le poker en une ligne, je dirais que le poker est un jeu de décisions. Trois options s'offrent à vous continuellement et vous devez trancher : jeter, checker/suivre ou miser/relancer. Reste à faire le bon choix au bon moment et les éléments à considérer sont d'une variété infinie : structure du tournoi, niveau, nombre de joueurs à la table, position, nombre de joueurs dans le coup, volume des tapis (stacks), cartes en main, cartes de l'adversaire, historique, profil des adversaires, taille du pot, gestion du temps, espérance de gain, cotes, cycle de chance, fatigue etc...

J'ai envie d'écrire sur le poker pour en dévoiler la richesse, mais je ne veux pas non plus ennuyer mes rares lecteurs. Alors, j'oscille - voyez comme je prends soin de vous... ! Comment partager ma nouvelle passion, vous convaincre de sa subtilité ?

Vous savez quoi ? Je crois que j'ai trouvé : des exemples concrets et bien choisis feront l'affaire et vous en diront bien plus que les théories parfois lourdingues, quand elles ne sont pas fumeuses. J'essaierai d'en vulgariser l'analyse pour ne pas vous endormir.

Je prépare un premier billet sur une main que j'ai jouée récemment et qui plante le décor - si j'échoue à vous tenir en haleine, vous aurez tout le loisir de zapper ou de vous contenter des dernières lignes du message ; je ne vous en voudrais pas. En attendant, voici de quoi vous mettre l'eau à la bouche : une main de cash game (hors tournoi), opposant deux surdoués déjà millionnaires, Tom Dwan et Phil Ivey.


Le poker est intensément psychologique. La décision se fait aussi parfois en amont, avant que le croupier ne retourne les premières cartes du flop, que l'on ait entre les mains une paire d'As, une épée en plastique - une "poubelle" - ou un T 8 spéculatif (T pour ten ou dix).

Il paraît que "le plus important au poker, ce ne sont pas les cartes, c'est ce que vous en faites". Maintenant, vous le savez - la preuve par l'image. 

* Cette phrase rituelle sonne le début des tournois de poker. Elle ordonne aux croupiers de "mélanger" et "distribuer".

mercredi 19 octobre 2011

Demi-Tour de France

Du cyclisme sur OS ? Suis-je devenu hérétique ?

Il est vrai que je n'ai jamais consacré la moindre ligne au vélo ni au Tour de France. Mais, à nouveau blog, nouvelles envies - après tout, il n'y a pas qu'aux autres sports que je dois porter préjudice... : celle de relayer, à travers le blog, certaines informations que je considère comme marquantes pour le sport et qui auraient pu passer à travers vos gouttes. Celle, aussi, de ne pas tricher, d'avouer qu'une des premières choses que j'ai faites ce matin a été d'aller découvrir le parcours de la nouvelle Grande boucle, dévoilé la veille en grande pompe - allez savoir, un relent de l'enfance... Celle, encore, de partager une réflexion très personnelle après avoir regardé cette vidéo.


La remarque vaut ce qu'elle vaut, c'est-à-dire pas grand chose - c'est surtout un prétexte pour évoquer le Tour. Mais je me suis projeté, au mois de juillet, et je me suis demandé comment j'allais pouvoir expliquer à un petit homme que le Tour de France ne fait pas le tour du pays. Moi pour qui les mots ont un sens et qui tient à l'enseigner sous les yeux connivents de sa maman... Un tour qui n'est pas un tour ; ça commence mal...

dimanche 16 octobre 2011

Un coq dans le potager

Plaquage "cathédrale" de Sam Warburton
sur Vincent Clerc à la 18e minute
Avez-vous déjà vu une poule dans un jardin ? La volaille donne l'impression d'être née hier, d'être totalement perdue chaque fois qu'elle pose la patte là où, la seconde d'avant, elle n'avait jamais pensé la poser. Penser est à vrai dire au-delà de ses moyens. Ses pas sont improvisés, ses réactions aussi. Tout semble sujet à la découverte ou à l'expérimentation, et même la terre qu'elle foule a l'air d'être une énigme pour elle. Ca se lit dans ses yeux vides.

Le rouge est de sortie

Ce matin, sur la pelouse de l'Eden Park d'Auckland, la rencontre improbable d'un coq et d'un poireau a tourné à l'avantage du volatile à la crête aussi rouge que le carton sorti par l'arbitre francophone M. Rolland - dont les décisions sont critiquées en Nouvelle-Zélande - après un plaquage dangereux de Warburton à la 18'. Avec la blessure, un peu plus tôt, du pilier Adam Jones, la partie semblait dès lors pliée : le rugby est un gagne-terrain et amputer une équipe d'un élément simplifie au moins numériquement la vie des quinze assaillants ; les brèches n'ont pas à être créées, elles sont données à ceux qui portent le fichu ballon ovale.

Tout, bien sûr, ne se réduit pas aux mathématiques, mais l'avantage donné au coq français sur le poireau gallois devait être décisif. On imaginait déjà déferler les innombrables vagues bleues sur la défense adverse qui, à bout de souffle et de force, devait logiquement céder à un moment ou à un autre. Oui, mais voilà, c'était sans compter sur le XV hexagonal.


Aux antipodes du rugby

Faute d'être un expert en rugby, je ne suis pas à l'abri d'une erreur grossière d'analyse. Je ne saurais dire, par exemple, si les hommes de Marc Lièvremont étaient tendus au point de vouloir assurer l'essentiel ou s'ils ont simplement profité de l'expulsion de Warburton pour gérer le score avec une rigueur scientifique. Ils n'en ont pas donné l'air, bien au contraire. Et, à en juger par l'ambiance autour de moi, dans le bar, le sentiment était assez largement partagé.

Le rugby est un sport fondamentalement collectif même si l'on compte toujours sur l'exploit individuel d'un coéquipier pour faire la différence sur un crochet ou une passe. De collectif, il n'a surtout pas été question côté Bleu. A l'image du reste de la campagne néo-zélandaise, hachée et laborieuse, on a senti l'impuissance d'une équipe à peine soulagée par l'exclusion du capitaine gallois. A la limite, ce fait de match a eu l'effet inverse de l'angoisser davantage - ah, quand la peur de perdre prend le pas sur l'envie de gagner... Tout a été infiniment brouillon, sans génie, dans la bricole. Pourtant, là n'est pas le pire : le refus de jouer, le refus de porter le ballon à la main et de partir à l'assaut de la muraille rouge ; ça, c'est le pire. Or, la volonté de révolte est la seule chose qui doit vous animer lorsque l'imagination ou le talent vous a quitté.

Les Gallois, en face, ont tenté, couru, porté, soutenu, relayé, transpercé, réceptionné, plaqué, saigné d'un sang qui n'était pas toujours le leur. Ils ont démontré qu'ils connaissaient ce sport, le portent dans leurs gênes et le vivent dans la boue et dans les pubs. On ne demande pas aux Français d'écraser leurs adversaires, mais d'aller au combat, de ne pas y renoncer. Mais, sans mains, sans jambes, sans coeur...

Après 40 minutes de néant et 9 points marqués, le XV de France allait-il sortir de sa torpeur ? Non, le score n'évoluera plus en seconde période. Plus alarmant, le naufrage a été collectif. Le coq était perdu au milieu du jardin néo-zélandais et a tâtonné longuement. On craint la confrontation finale contre le maître des lieux.


Des Blacks et une bête noire

A l'autre bout du monde, la presse se réjouit de la victoire de la France et annonce une partie de rigolade. Il y a sans doute une part d'arrogance qui sera une source de motivation supplémentaire pour les Français - et, qui sait, de cohésion ? Il y a aussi l'envie inconsciente d'en découdre définitivement avec un XV maudit, qui réussi mal à la Nouvelle-Zélande en coupe du monde. Le coq est la bête noire des Blacks. Est-ce assez pour espérer quelque chose ? On semble loin, très loin de la victoire de 1999 et du respect de Jonah Lomu pour les courses "aériennes" de l'ultra-léger Philippe Bernat-Salles.

La une du Herald Sunday : "80 minutes et on rit"...
Tout est cependant possible tant que le match n'est pas joué. Et alors, qu'importe le résultat. Nous avons envie de fête, d'émotions, de ballons joués à la main et de flèches lancées dans le mur adverse. Nous avons envie de rugby, enfin. Il reste aux destinataires du message de l'entendre et de ne pas faire regretter la défaite des rugbymen du Pays de Galles.